Il était une fois, quelque part au coeur de cette immense ville de Shanghai, un centre de massage, le Jing Xuan Blindman Massage Center sis 672, Yi Shan lu, cité par le Routard (p 231) pour ses massages du corps et des pieds pratiqués dans la plus grande tradition chinoise par des Chinois aveugles.

Photo M@rie 2005
Hop! Un taxi! Montrer l'adresse en chinois au conducteur au moyen de mon "Routard" et nous voilà partis. Où ? A quoi bon savoir. Qu'il me dépose devant le centre et puis je me débrouillerai... le trajet fut long, mais pour un massage des pieds que ne ferai je pas. Je dois avouer ma tendance pour la médecine traditionnelle chinoise en prévention.
Nous arrivons, en milieu d'après midi. Personne, aucun client dans le centre ! Qu'est ce que je viens faire là ? J'aurais pas pu aller au Sofitel ou dans la résidence? Non. Toujours explorer. L'air assuré, mais seulement l'air, je lui montre mon .... Routard et il comprend que je viens pour un massage. Le lever de son bras gauche m'indique une pièce rectangulaire dans laquelle étaient alignées des tables, style kiné des années 20, serrées et au fond de la pièce 3 beaux fauteuils style BUT, avec un pouf carré devant. L'un est pour le corps, l'autre pour les pieds en ai je déduit. Seule au monde ! J'y étais, j'y reste. "Y a pas de hasard", me dis je pour me regonfler le moral qui descendait dans mes pieds....la phrase passe partout qui donne courage. Et j'ai eu raison de persévérer.
Il me montre une table, j'avais le choix, mais stratégiquement je pris celle qui me permettait de voir l'entrée. La table avait la particularité de posséder un trou dans lequel on introduit la face du visage lorsque l'on est à plat ventre. Ne te pose pas de question. Vis l'instant présent. Be cool. Ok, ok, je me lâche. On verra bien. Et c'est là, que je n'ai plus rien vu, car mes yeux n'ont vu que le sol, mon visage dans ce trou de la table, je voyais le sol. J'ai senti que quelqu'un arrivait sans faire de bruit, ce doit être le masseur. Je sens un drap déposé avec tact sur mon corps allongé et habillé. Je comprenais que le massage allait se dérouler au travers de drap et qu'il ne me toucherait donc pas directement. La curiosité me reprit, le nez dans la table. Be cool.
Le massage débuta sans plus attendre. Très méticuleusement, il débuta par l'atlas et l'homme aux doigts agiles touchait et appuyait sur des points sensibles. Mes trapèzes m'ont trahie, révélant toute la tension intérieure. Instinctivement, je décidais de lui dire "Aie" internationnalement connu lorsque j'avais mal. Je pensais que cela le ferait arrêter...eh bien, non...il insistait sur ce point. Je regrettais être symétrique et si complète sur le plan de l'anatomie. J'ai pris conscience des noeuds qu'il révélait par ses doigts plantés dans mon muscle pour délier, son habileté rôdée à toute épreuve. L'épreuve pour le moment, c'est moi qui la vivait en tout bien, tout honneur, mais sûre du résultat. Quand il changeait de zone anatomique, au son d'une petite sonnerie qui minutait le travail, je me détendais, je soufflais, je regardais le sol, mais lui je ne le verrai jamais, puisque le massage terminé, il disparaîtra comme il était venu. Le bénéfice certain obtenu en seule séance ne pouvait se voir. J'avais envie de dormir, de ne pas bouger et j'étais en confiance et me sentais extrèmement bien.
Après le massage du corps, venait le tour des pieds. Je m'installais dans l'un des fauteuils style BUT et le patron de la boutique me demanda de faire tremper mes pieds dans un liquide chaud contenu dans une haute bassine. Un produit était dedans. Je m'exécuta. Et je suis restée à regarder ce qui se passait autour de moi : un couple était arrivé après le travail et s'était installé chacun sur une table et se laissait dénouer par leurs masseurs. Après le travail, les tensions de la journée se dissipaient. J'étais bien reposée et j'étais sereine et perdis toute notion du temps. Un jeune homme, s'installa sur l'un des poufs et commença à travailler l'un de mes pieds. Dire que j'ai pris du plaisir serait faux. Il insista encore sur les points douloureux, mais dans l'ensemble, je fus plus surprise par la longueur du soin que par la douleur. A la fin, j'aurais aimé rester un peu, et m'assoupir. Je baillais et mes yeux avaient envie de se fermer. Un bien-être m'envahissait que je voulais prolonger par le repos.
Je me levais, payais et reprenais ma route, pour trouver un taxi et rentrer à la résidence. J'ai dormi cette nuit là, dans un état d'apaisement, de quiétude, inconnus de moi. C'était autre chose. J'ai recommencé un massage des pieds quelques jours après dans la résidence et ce fut à l'identique la même douleur ponctuelle mais aussi le même résultat de bien-être à l'issue. Rien de sensuel, je vous l'assure, mais une rigueur utile.
Mon approche de la médecine traditionnelle chinoise était positive, pour cette partie. Ma vision de la médecine et de l'Art de l'exercer avait des dimensions autres à explorer avec la certitude d'un impact positif sur des organismes rompus par la vie trépidante et stressante. La prévention ou la relaxation pratiquées de manière régulière avant que n'apparaissent les maux, prenaient un sens.
Le petit garçon qui massait les pieds avait compris le message bien avant sa naissance : transmission génétique de sa Grand-Mère...(voir article du samedi 19 avril 2008).
Bonne expérience, téméraire mais convaincue que toute expérience d'une tradition millénaire mérite d'être vécue.
Texte M@rie
Titre : "un lieu de détente dans la jungle de Shanghai"
Janvier 2005.
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