"La cuisine comme bien commun"
LE MONDE | 12.03.08 | 13h04 • Mis à jour le 12.03.08 | 15h53 AFP/STR

Géographe et président de l'université Paris IV-Sorbonne, Jean-Robert Pitte souhaiterait inscrire la cuisine française au patrimoine de l'Unesco. Jean-Robert
Pitte, géographe, est président de l'université Paris IV-Sorbonne et de la Mission française du patrimoine et des cultures alimentaires. Il est l'un des principaux instigateurs de la candidature
de la France auprès de l'Unesco, ...., pour obtenir l'inscription de son patrimoine gastronomique au patrimoine mondial.
Pourquoi cette candidature ?
L'Unesco agit depuis longtemps pour la sauvegarde du patrimoine architectural et paysager. La convention, adoptée en 2003, étend cette préoccupation au patrimoine culturel
immatériel, c'est-à-dire aux traditions orales (spectacles, rituels, langues) et aux savoir-faire liés à l'artisanat. La gastronomie, tradition vivante,
répond à cette nouvelle classification. Depuis plusieurs années, l'Institut européen d'histoire des cultures de l'alimentation (IEHCA) associé à l'université de Tours, explore
notre patrimoine alimentaire : des chercheurs (anthropologues, historiens et géographes) débattent lors de forums annuels avec des professeurs des écoles hôtelières. Nous avions donc préparé le
terrain de longue date. Depuis la ratification de cette convention par la France, en 2007, il nous fallait d'abord convaincre les pouvoirs publics de l'intérêt de la démarche. C'est chose faite.
Reste à persuader l'Unesco d'inaugurer cette nouvelle procédure avec la cuisine française.
S'il est un pays où la cuisine est considérée comme un bien commun, recréé en permanence, et respectueux de la diversité culturelle, c'est bien la France.
Comment allez-vous préparer le dossier de candidature ? L'Unesco a posé comme condition la participation effective des communautés concernées à toutes les étapes de la procédure d'inscription.
Avec Francis Chevrier, délégué général de l'IEHCA, nous avons rassemblé une quinzaine d'historiens, de géographes, des représentants du monde de la restauration et du monde agricole, de
spécialistes des questions patrimoniales et gastronomiques au sein de la Mission française du patrimoine et des cultures alimentaires. De nombreuses personnalités soutiennent ce projet :
Paul Bocuse, Michel Guérard, Alain Ducasse, Joël Robuchon, Guy Savoy... Le dossier de candidature devra répondre aux critères très spécifiques posés par l'Unesco, c'est-à-dire montrer que l'art culinaire est transmis de génération en génération, et qu'il est recréé en permanence par les communautés en fonction de leur milieu, de leur interaction avec la
nature et de leur histoire. Les exemples devront aussi démontrer qu'il procure un sentiment d'identité et de continuité et contribue à promouvoir le respect de la
diversité culturelle et la créativité humaine. Il devra être accompagné d'un plan de sauvegarde.
Il ne s'agit donc pas d'une entreprise de labélisation de produits agricoles ou de protection des recettes ni de classification des cuisines nationales, les unes par rapport aux autres, mais
d'une prise de conscience globale, d'essence éminemment culturelle. L'inscription de notre patrimoine culinaire ne se fera pas sur des critères qualitatifs ou comparatifs, mais exclusivement sur
les valeurs portées par la convention.
Qu'entendez-vous par "plan de sauvegarde d'un patrimoine immatériel" ? L'Unesco attend de toute candidature qu'elle s'accompagne d'un projet à long terme visant à assurer
la préservation du patrimoine concerné. Cette obligation de sauvegarde devra maintenir le dynamisme de notre gastronomie en la protégeant de tout académisme. La Mission a donc
vocation à seconder l'Etat dans l'adoption d'une politique générale visant à mettre en valeur la gastronomie au sein de la société. Notre rôle sera aussi de sensibiliser
l'opinion publique française à cette cause, car il est capital, aux yeux de l'Unesco, que les populations concernées se retrouvent dans cette initiative et la
soutiennent.
Jean-Robert Pitte,
Président de l'université Paris IV-Sorbonne et de la Mission française du patrimoine et des cultures alimentaires
Propos recueillis par Jean-Claude Ribaut Article paru dans l'édition du 13.03.08.
Commentaire : Application en médecine
Traditions-Coutumes-cuisine représente une forme de soutien de cette initiative et participe à identifier et mettre en valeur, entre autre, la gastronomie au sein de la
société. Il s'agit bien de patrimoine culturel immatériel participant à l 'identité des sociétés.
La mesure de cette dimension patrimoniale de la gastronomie se perçoit en médecine, lorsque pour des raisons diététiques liées au diabète, aux risques cardio-vasculaires, à l'hypertension
artérielle, ...il est nécessaire d'aborder la culture culinaire des différents peuples afin d'obtenir l'adhésion du patient à un régime ou à un équilibre alimentaire conservateur. Fondée sur des
fondamentaux, des rites, des tabous, des croyances, de la transmission mère-fille il est alors peu probable d'atteindre des réductions ou modifications de comportements alimentaires. En
diabétologie, par exemple, nous faisons appel à une infirmière d'origine Algériennepour transposer en connaissance de cause les messages et objectifs à atteindre dans la composition des
repas et équilibre des différents groupes alimentaires à atteindre. Elle reconnait la difficulté pour elle d'entamer ce pan entier de sa culture tout en pesant l'intérêt pour le patient et
la régulation de sa glycémie. De plus, la maladie est vécue comme une volonté de Dieu (Inch Allah) et elle nous évoquait ce frein capital à comprendre. La population concernée peut ne pas se
reconnaître dans la théorie et avoir le sentiment de perdre son identité en modifiant son comportement alimentaire ancestral.
Les pathologies médicales et les comportements qu'elles véhiculent ont touché du doigt cette approche patrimoniale et le respect de la diversité culturelle auxquelles elle s'est confrontée, pour
ne pas dire échouée. preuve est apportée d'une notion patrimoniale de la cuisine, bien immatériel.
Texte M@rie
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